Bouquetin

Derborence - Vallée des merveilles de la nature Le bouquetin, ou bouquetin des Alpes (Capra ibex), est un mammifère de l’ordre des Artiodactyles, de la famille des Bovidés et de la sous-famille des Caprinés. Comme son nom l’indique, il se rencontre principalement dans l’Arc alpin.

Histoire

Il y a 100 000 ans, le bouquetin vivait dans toutes les régions rocheuses d’Europe centrale. Il est même source d’inspiration pour les hommes du néolithique qui le peignent dans de nombreuses grottes à l’instar de celle de Lascaux.

Jusqu’au milieu du XVe siècle, il était encore répandu dans tout l’Arc alpin mais le développement des armes à feu signe très vite la fin de ce fier habitant des Alpes. La médecine de l’époque toute empreinte de superstitions, lui est alors fatale. Les cornes broyées en poudre sont alors utilisées comme remède contre l’impuissance, son sang comme remède contre les calculs urinaires. Enfin l’estomac est utilisé pour vaincre les dépressions. Ces croyances persistent jusqu’au début du XIXe siècle, date à laquelle on ne compte plus qu’une petite centaine d’individus recensés dans l’arc alpin français et italien alors qu’il a pratiquement disparu de la Suisse.

L’espèce doit sa survie à la monarchie italienne. D’abord au roi Victor-Emmanuel II qui fait protéger dès 1856 les derniers individus pour sa chasse personnelle dans une réserve privée près de Valsavarenche. Ce dernier n’hésite pas à engager un corps de gardes-chasse afin de protéger les derniers bouquetins.
Avec les successeurs de Victor-Emmanuel II – les rois Humbert Ier et Victor-Emmanuel III – les achats de terre et de fermage se poursuivent dans la Vallée d’Aoste et dans le Piémont, régions dans lesquelles les bouquetins sont alors strictement surveillés, des battues annuelles étant organisées sous contrôle des gardes royaux.
Le constat de la disparition de l’espèce présenté à l’Académie Royale des Sciences à Turin conduit à la publication de l’arrêt du célèbre «patenti luogotenenziali» ou «Regie Patenti» du 21 septembre 1821 interdisant la chasse des bouquetins sur les terres royales du Grand Paradis, puis sur l’ensemble de la Maison de Savoie.

C’est pourtant une digression à ces règles d’interdiction qui va permettre la réintroduction du bouquetin en Suisse. En 1906, Joseph Bérard, descendant d’une dynastie légendaire de braconniers de la Vallée d’Aoste, s’introduit dans une des réserves royales et y capture deux jeunes femelles et un mâle qui sont introduits en fraude en Suisse, où ils serviront à la constitution d’une colonie.
En 1922, la réserve royale du Grand Paradis devient parc national italien. En France, il faut attendre l’année 1963 pour voir la création du Parc national de la Vanoise dont il devient l’emblème.

Description biologique

Le mâle

Aussi appelé bouc, il mesure entre 75 et 90 cm au garrot pour une longueur, du museau à la queue, comprise entre 1,40 et 1,60 mètres. Son poids varie en fonction des saisons, s’établissant entre 65 et 100 kilogrammes Trapu, il possède de courtes mais solides pattes, un cou large et des yeux assez écartés mais la caractéristique la plus frappante chez le bouquetin mâle réside dans ses cornes.
Trois mois après sa naissance, il se dote en effet d’une paire de cornes ; lesquelles grandissent tout au long de la vie, leur croissance se ralentissant cependant avec l’âge. Recourbées vers l’arrière et plus ou moins divergentes selon les individus, en forme de cimeterres, elles se parent de nodosités également appelées bourrelets de parure. À l’âge adulte, les cornes du mâle atteignent 70 à 100 cm et peuvent peser jusqu’à 6 kg la paire.

La femelle ou étagne

La femelle bouquetin également appelée étagne est plus petite et plus fine que le mâle. Elle mesure entre 70 et 78 cm de hauteur au garrot pour une longueur comprise entre 1,05 et 1,45 mètre. Son poids varie entre 35 et 50 kg. Mais la différence principale réside dans la longueur des cornes. Ces dernières sont en effet beaucoup plus courtes, mesurant 20-25 cm (30 au maximum) et ne pesant que 100 à 300 grammes la paire. Les cornes des femelles sont par ailleurs dépourvues de bourrelets.

Le petit du bouquetin, le cabri

Chez les petits bouquetins, la reconnaissance des sexes est impossible avant 5-6 mois et reste très difficile jusqu’à 1 an ; on parle alors de cabris. Au delà d’un an, il devient possible de différencier les sexes des individus à l’observation par le diamètre des cornes. Celui des éterlous, c’est-à-dire des jeunes mâles est plus important : les cornes se font plus épaisses à la base du fait de l’apparition des premières nodosités. Chez les éterles, jeunes femelles, elles sont plus minces et dépourvues de bourrelets.
Les cornes constituent donc un élément moteur dans la détermination des sexes, mais également dans la détermination de l’âge d’un individu.

Les cornes / calcul de l’âge

Contrairement aux idées reçues, les nodosités des cornes des bouquetins mâles ne permettent pas de calculer leur âge. Ce sont en fait les stries de croissance de l’encornure formant une suite d’étuis emboîtés qu’il faut compter pour déterminer l’âge d’un mâle adulte.

Chez les individus non adultes, cabris, éterles et éterlous, ce sont la taille et le diamètre des cornes qu’il convient de prendre en compte. En deçà de 15 centimètres, on parle de cabri et il est alors impossible de déterminer le sexe de l’individu alors âgé de moins d’un an.

Au-delà de quinze centimètres, chez les individus mâles, l’âge peut être évalué de la sorte :
Deux ans d’âge : 20 centimètres
Trois ans d’âge : 40 centimètres
Quatre ans d’âge : 50 centimètres
Cinq ans d’âge et plus : cornes égales ou supérieures à 60 centimètres
Chez les jeunes femelles ou éterles
Deux ans d’âge : cornes ne dépassant pas les 20 centimètres. Au-delà, il devient très difficile d’apprécier l’âge de la femelle.

Le pelage

La coloration de la robe du bouquetin varie au fil des saisons. En période estivale, le poil est court, et beige, brun clair. À l’automne, il tombe lentement et est remplacé par une fourrure à poils plus longs et épais, de couleur brun foncé, presque noir. Une épaisse fourrure qui le protégera du froid montagnard, de couleur plus foncée qui absorbera les rayons du soleil.

Une mue s’opère au sortir de l’hiver en mai-juin. Les bouquetins se débarrassent de leur fourrure hivernale en se frottant sur les rochers et les arbres. Il n’est pas rare à cette période de retrouver des brins de fourrure accrochés à la pierre et aux arbustes. Cette mue est également à l’origine de démangeaisons que les bouquetins mâles tentent de calmer à l’aide de leurs longues cornes.

Le pelage d’été du bouc est de couleur gris fer hormis le ventre qui est parfois blanc, le dessus de la queue brun marron, les membres plutôt brun foncé voire noirâtres et une bande médiane sur le dos de couleur presque noire (celle-ci peut cependant faire défaut). Dès le mois de novembre, le pelage des mâles s’assombrit et devient marron foncé.

Le pelage de la femelle est d’un beige jaunâtre ou châtain clair, à l’exception du ventre plutôt blanchâtre et des membres qui sont brun foncé. Il s’assombrit légèrement en hiver. Quoi qu’il en soit, été ou hiver, la robe de l’étagne est plus claire que celle du bouc.
Le pelage des jeunes bouquetins est beige fauve à la naissance, plus clair que celui des étagnes, et demeure ainsi jusqu’à l’âge de deux ans.

Le sabot

Animal d’une grande agilité sur les parois rocheuses, le bouquetin possède un large sabot renflé au niveau du talon, avec une partie molle appelée la sole. Ses deux doigts ne sont pas solidaires. La surface d’appui au sol par rapport au poids de l’animal est faible, ce qui rend ses déplacements dans la neige très difficiles, contrairement au chamois. Dans les pentes raides, à l’arrière de ses talons, des ergots font saillie et augmentent la surface d’adhérence au rocher.

Le bouquetin se déplace généralement au pas, même si on le sait capable de galoper à des pointes avoisinant les 70 km/h. La marque de ses sabots est plus large et plus longue que chez le chamois : les pinces sont légèrement recourbées vers l’avant. La marque mesure de 6 à 9 cm de long pour 5 à 6 cm de large.

Nourriture

Le bouquetin est un animal essentiellement diurne, s’activant avant le lever du soleil et les premières heures du jour, et le soir avant la tombée de la nuit. Le reste du temps, il se prélasse sur des terrasses herbeuses bien exposées au soleil.

Herbivore, le bouquetin peut manger jusqu’à 20 kilogrammes par jour de graminées, légumineuses mais encore de rameaux de genévrier, rhododendrons ou de mousses et lichens pourtant difficiles à digérer. Il n’est pas rare de le rencontrer en montagne aux abords des pierres à sel destinées aux troupeaux, sel dont son organisme a besoin et qu’il trouve également dans les schistes.

Le bouquetin boit très peu, se contentant souvent de la rosée du matin.
Au printemps, il se nourrit d’arbustes, tels le noisetier ou l’aune vert, appréciant leurs pousses tendres et vertes, leurs bourgeons et chatons qu’il atteint en se dressant sur ses pattes postérieures. L’hiver, il se nourrit de la rare végétation accessible composée de lichens et de mousses.

Reproduction

Le bouquetin est un animal polygame. La période de rut commence début décembre pour se terminer mi-janvier. Les bouquetins mâles et femelles se regroupent.

Au sein de ces troupeaux se crée une hiérarchie. Il y a généralement un mâle dominant par groupe – souvent parmi les plus vieux-, qui s’impose après un combat de cornes, combats rarement violents qui s’échelonnent tout au long de l’année et dont on peut entendre le choc très caractéristique jusqu’à un kilomètre de distance. Le dominant se réserve le droit de saillir la femelle de son choix, de sorte que les mâles plus jeunes ont moins de chance de se reproduire, alors qu’ils se montrent beaucoup plus excités…

La maturité sexuelle des mâles est atteinte vers 18 mois, 2 ans pour les étagnes. Pour les femelles, la meilleure productivité se situe entre 3 et 13 ans avec un maximum aux alentours de 8 ou 9 ans. Les mâles peuvent eux se reproduire jusqu’à l’âge de 16-17 ans et les femelles jusque vers 14-15 ans. Le mâle désireux a la queue rabattue sur l’échine laissant ainsi éclater la blancheur de son fessier. La femelle, elle, manifeste son désir en frétillant de la queue. Plusieurs coïts sont effectués en quelques heures et les accouplements se déroulent généralement à la tombée du jour ou la nuit.

Après l’accouplement hivernal, la mise bas a lieu généralement vers mi-juin, après 170 jours de gestation, dans un endroit inaccessible. Il naît un petit à la fois qui se tient debout dès les premières heures, de sorte que les femelles reprennent leur migration saisonnière au bout d’une semaine même si le cabri n’est en réalité sevré qu’à la mi-septembre, l’allaitement durant de deux à trois mois.